Mon recueil trouble, car il échappe à l'entendement. Il fait résonner un écho et propose une explication aux nombreuses interrogations existentielles restées sans réponse.
Il est des histoires qu’on ne raconte pas facilement. La vie sur terre réserve parfois des surprises qui ne sont ni belles ni douces. Ainsi va l’existence, avec ses élans et ses abîmes…
Dans un bâtiment numéroté, au bout d’une ligne de train qui ne menait plus nulle part, trois Êtres humains partageaient un lit étroit. Ils allaient devenir, malgré eux, les témoins de ce récit.
Brigitte ne comptait plus les jours de son incarcération. Cela n’avait plus de sens. Sa vie se résumait à travailler comme une bête de somme, à se lever avant l’aube le ventre creux, et à se coucher tard, épuisée, toujours affamée.
Un matin de printemps, lumineux malgré tout, elle se réveilla en sachant que ce jour serait le dernier. Dans son enfance, elle avait vécu une Expérience singulière, une ouverture intérieure que personne n’avait vraiment entendue. Elle possédait des sens cachés, capables d’entrevoir certains fragments d’avenir. Et aujourd’hui, elle savait. Ce serait la fin.
Pourtant, elle voulait offrir à ce dernier jour un éclat, même infime. Non pas en faire le plus beau, cela n’aurait eu aucun sens, mais saisir un instant de bonheur, un seul, avant de partir. Elle avait prémédité ce geste.
Lors du trajet vers le travail forcé, juste après la grande porte, Brigitte quitta soudain le rang. Elle courut vers un tapis de pâquerettes et cria, en foulant les fleurs pieds nus :
« Je suis heureuse, je suis heureuse, je suis heureuse ! »
Ces quelques secondes furent pour elle un enchantement. Puis un coup de feu retentit.
Elle savait que la balle lui était destinée. Avant même l’impact, sa vie se déroula devant elle : les joies de son enfance défilèrent en cinémascope, et elle se réjouit de revoir ces images. Elle quitta son corps décharné avant que la balle ne l’atteigne. Elle plana au‑dessus de la scène, observant les bourreaux s’acharner sur ce qui n’était déjà plus elle.
Elle était devenue Lumière. Elle se sentait en paix, enveloppée d’un état doux, cotonneux, presque volatile. Cette sensation lui rappelait l’Expérience vécue dans son enfance. Sans se poser de questions, elle se tourna vers un point lumineux, le cœur rempli d’une joie retrouvée, et avança vers la clarté.
Quant aux deux autres êtres humains, appelons‑les Claude et Paul, je ne raconterai pas leur parcours. C’est trop douloureux pour moi. Paix à leur âme.
Prenez le temps de contempler la beauté du monde, ses joyaux fragiles, ses paysages qui émerveillent. Prenez soin de ceux que vous aimez.
merci,